Info Bordeaux mai 2018

PRIMEURS 2017 BORDEAUX

(lettre du 30 mai 2018)

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Chère Madame, Cher Monsieur,

Après deux millésimes 2015 et 2016 respectivement formidable et exceptionnel, Bordeaux revient sur terre avec un beau millésime 2017, au niveau des précédents 2014, 2012, 2011 ou 2008, mais avec une personnalité particulière.

Dans cette première offre que nous avons le plaisir de vous adresser aujourd'hui sont déjà présents 75 vins, couvrant toutes les appellations bordelaises et à tous niveaux de prix, avec nos informations générales sur la météo, le style et le prix des 2017.

Avant fin juin, nous vous ferons parvenir la deuxième offre, complète, quand tous les crus auront été mis en marché, accompagnée de nos avis détaillés sur les propriétés qui auront marqué (en bien comme en mal) cette campagne primeur.

Sans attendre fin juin, vous pouvez suivre en direct nos commentaires et connaître les nouveautés sur www.dubecq.com ou en recevant chaque samedi notre lettre d'information par e‐mail (inscription sur la page d'accueil du site).

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Bordeaux 2017 : forte gelée de printemps

Le vignoble girondin a connu les 21, 27 et 28 avril 2017 sa plus forte gelée de printemps depuis 1991. Mais
autant celle de 1991 fut générale (avec des températures inférieures à ‐5°C sur l'ensemble du département,
seules quelques parcelles de quelques crus en bordure d'estuaire purent y échapper), autant celle de 2017 fut
plus sélective.

Avec des températures minimales de +2°C à ‐4°C par endroit et une vigne en avance de 3 semaines, les effets
du gel 2017 sont réels (pour la Gironde : 3,55 Mhl produits en 2017 contre 5,80 Mhl en 2016, soit ‐39%) mais
ont été très variables selon les appellations et d'un château à l'autre :

• tempéré par la proximité de l'estuaire, le nord du Médoc (de Pauillac à la pointe du Médoc) n'a pas été
impacté. Idem pour la partie est de Saint‐Julien et Margaux, en bordure du fleuve.

• au sud de Pauillac et plus à l'intérieur des terres, les dégâts vont de 20% à 80%, notamment à Moulis et Listrac plus gravement touchés.

• l'agglomération bordelaise a protégé les Pessac‐Léognan, sauf ceux en bordure de forêt au sud de Léognan (Chevalier, Fieuzal...).

• les Graves et le Sauternais ont été concernés, avec des dégâts de 30% à 80%, jusqu'à 100% à Climens.

• sur Saint‐Émilion et Pomerol, les conséquences sont très variables, 20% à 100% selon l'exposition (coteau et début du plateau relativement épargnés) et les moyens mis en œuvre (bougies, éoliennes, hélicoptère...).

• ailleurs, en Entre‐Deux‐Mers, Côtes de Bourg, Fronsac, Côtes de Castillon, Satellites de Saint‐Émilion, etc., tous ont été sévèrement gelés, avec des conséquences économiques potentiellement dramatiques car la plupart de ces crus flirtent avec le seuil de rentabilité en année de récolte normale.

Les grands terroirs étant réputés moins gélifs que les autres, il est remarquable de constater à quel point les conséquences de la gelée sont inversement proportionnelles à la notoriété et au prestige du cru. À l'issue du millésime 2017, les riches sont toujours aussi riches et les pauvres encore plus pauvres.

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Bordeaux 2017 : un été pas si chaud, pas si lumineux, mais sec

Les mois de juillet et août ont laissé une impression de fraîcheur automnale : juillet moins ensoleillé qu'un mois de septembre, août à peine dans la norme d'ensoleillement, aucune période de chaleur installée, seulement un jour par mois juste au‐dessus de 35°C (36°C les 18 juillet et 28 août).

En contrepartie, deux mois d'été secs, avec moitié moins de pluies que d'habitude : 28mm en juillet (moyenne 1991‐2010 à 50mm), 30mm en août (moyenne à 56mm).

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Bordeaux 2017 : des vendanges précoces, contrariées début septembre par les pluies

Malgré un été mi‐figue mi‐raisin, le cycle végétatif de la vigne en 2017 fut en permanence en avance, du
débourrement aux vendanges. Par exemple, la mi‐floraison a été constatée le 30 mai, soit 15 jours plus tôt qu'en 2016.

Les vendanges des blancs secs, débutées en deuxième quinzaine d'août par grand beau temps, furent ainsi les plus précoces des 10 dernières années.

Pour les rouges, les premiers merlots étaient annoncés avant la mi‐septembre mais 10 jours de pluies
consécutifs, du 8 au 17 septembre, ont accéléré les ramassages par crainte des foyers de pourriture. À partir du 18 septembre, la météo est redevenue idéale, sèche, chaude et ensoleillée, jusque fin octobre pour obtenir des maturités parfaites et organiser des vendanges sereines, tant des cabernets francs et sauvignon, que des petits verdots et merlots tardifs (sur argilo‐calcaire).

Pour les liquoreux, la sècheresse fin août a entraîné une première concentration par passerillage (dessication) une fois la maturité des raisins acquise, suivie d'une arrivée rapide du botrytis avec les pluies de la mi‐septembre.

Voyant les richesses en sucre augmenter rapidement, le Sauternais se hâta de récolter dès fin septembre
pour ne pas avoir des moûts trop concentrés et risquer des vins lourds.

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Bordeaux 2017 : un très grand millésime pour les blancs secs

Cet été sec et doux, sans canicule, fut une bénédiction pour les producteurs de vins blancs secs. Les sauvignons et sémillons purent mûrir lentement, élaborer leurs précurseurs aromatiques, préserver l'acidité synonyme de fraîcheur, tout en ne courant aucun risque de pourriture.

Les vendanges ayant eu lieu dans des conditions optimum bien avant les pluies de septembre, 2017 est bien in fine un très grand millésime pour les blancs secs bordelais (quand la ponction des gelées n'a pas été trop rude), avec des vins toniques, complexes, intenses et brillants.

Ce que confirme la Faculté d'Œnologie de Bordeaux : « Le millésime 2017 constitue une réussite majeure pour les vins blancs secs de Bordeaux, nettement supérieurs aux 2015 et 2016. Les sauvignons sont mûrs et vifs, très aromatiques, avec beaucoup de race et d'éclat. Sur les grands terroirs, les sémillons brillent par leur moelleux caractéristique tout en gardant un équilibre septentrional. ».

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Bordeaux 2017 : des liquoreux riches et puissants, "à l'ancienne"

La richesse étant une caractéristique naturelle du millésime 2017 pour les blancs liquoreux, la gageure était de conserver l'acidité garante de vins équilibrés. Ceux qui ont su la préserver ont produit des vins purs, aromatiques (chèvrefeuille, zestes d'agrumes, miel, fruits confits), amples et volumineux tout en restant élégants.

Ces vins de grande liqueur et de belle puissance s'affineront en bouteille et rappelleront à terme la suavité et la rondeur de millésimes tels 2003, 1989 ou 1976. Leur garde défiera le temps (compter a minima 40 à 50 ans pour les crus classés).

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Bordeaux 2017 : un bon millésime pour les rouges, étonnamment tendres, veloutés et moelleux

Après la sécheresse de l'été, nous nous attendions à découvrir des rouges 2017 relativement austères, campés sur des tanins fermes voire secs. Notre surprise fut réelle dès les premières dégustations de goûter tout au contraire des vins charmeurs, nuancés, structurés par des tanins moelleux.

Cette étonnante douceur des rouges s'explique par la longueur et la lenteur du cycle de maturité. Au lieu de rôtir rapidement sous l'effet d'un soleil ardent, la vigne a en 2017 patiemment mûri ses raisins et élaboré des tanins polymérisés donc plus veloutés et moins accrocheurs.

Ceci étant, deux conditions devaient être absolument remplies pour produire de grands rouges 2017 :

• éliminer les merlots précoces ramassés dans la hâte avant ou pendant les pluies de la mi‐septembre.

• éliminer les raisins de seconde génération, issus de la repousse après le gel. Avec un été mitigé, ils n'ont pas été en mesure de rattraper leur retard de croissance (près d'un mois) et atteindre une maturité suffisante avant fin octobre.

Plusieurs journalistes/dégustateurs ont parlé d’un millésime hétérogène. L’hétérogénéité des 2017 n’est pas le fait du millésime mais uniquement le fait des hommes, et du respect (ou non) des conditions ci‐dessus.

Le dégustateur américain Neal Martin (ex‐Wine Advocate) a dénombré 31 vins rouges remarquables atteignant ou dépassant la note de 95/100, son compère Antonio Galloni en a noté 63 ! Ceci prouvant qu'il y avait matière en 2017 à réaliser de grands vins et que beaucoup (mais pas tous) y sont parvenus du nord au sud de la Gironde.

Certains ont eu à tort le réflexe d'utiliser les merlots précoces gâtés par les pluies ou les seconds raisins pour compenser la minceur de leur récolte, et/ou de sur‐extraire lors des vinifications pour pallier le manque de chair de leurs moûts. Il était facile de repérer ceux‐là car la dégustation était sans appel.

Mais, dans les propriétés où seule la volonté qualitative prime, les cabernets francs et sauvignon, les merlots
tardifs et les petits verdots ont donné d’excellentes cuves. Les vins ont un fruité net, intense et expressif, aucune
verdeur, un corps moyen et un profil tannique doux et délicat qui les rend déjà séduisants.

Ce ne seront pas la densité et la puissance qui seront la marque du millésime 2017, mais bien le moelleux et le
charme. De surcroît, ils seront rapidement accessibles (dès 2022 pour les crus bourgeois, dès 2025 pour la
majorité des crus classés).

La rive gauche, patrie du cabernet sauvignon, est à l’honneur en 2017 chez ceux où la gelée n’a pas (ou pratiquement pas) eu d’effet. En tête Pauillac, Saint‐Estèphe et toute la partie nord de la presqu’île, mais aussi Saint‐Julien, Margaux (sauf le secteur d’Arsac), Pessac et Léognan (sauf les parcelles en bordure immédiate des forêts). Avec parfois des vins qui feront date comme à Lafite‐Rothschild, Pichon‐Baron, Cos d’Estournel, Léoville‐Barton, Brane‐Cantenac ou Haut‐Bailly, entre autres.

Dans le Libournais existent des réussites probantes, selon l’exposition (coteau ou début du plateau à Saint‐Émilion)
et les mesures prises pour contrer le gel (comme à Pomerol). Ici aussi de très grands vins sont nés en 2017, le plus souvent au prix d'une débauche de main‐d'oeuvre, comme à Pavie‐Macquin, Troplong‐Mondot, Cheval Blanc, Vieux‐Certan ou L’Église‐Clinet, entre autres.

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Bordeaux 2017 : peu (moitié moins) de vins rouges

Le revers de la médaille porte sur les quantités mises en vente, globalement 50% de moins qu’un millésime de
production normale, tels 2015 ou 2016. Les raisons de cette baisse sont de deux ordres :

• météorologique : bien sûr les gelées de printemps sont responsables de l’essentiel des pertes en 2017 ainsi
que, dans une moindre part, la sécheresse de l’été qui a concentré les raisins et donné moins de jus,

• psychologique : tenant compte d’une demande internationale (asiatique) soutenue pour les millésimes mis en
bouteille et de stocks au plus bas dans leurs chais, de plus en plus de châteaux limitent les volumes vendus en
primeur. Le gel étaient pour certains le prétexte idéal pour une rétention accrue. Par exemple Pape Clément,
dont les volumes sont annoncés en baisse de ‐60% (!) par rapport à l’an dernier, alors que son vignoble est
totalement enclavé dans l’agglomération bordelaise

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Bordeaux 2017 : blancs secs et liquoreux, au même prix qu’en 2016

Les producteurs de blanc en Pessac‐Léognan et Médoc ont sagement choisi de reconduire les prix de l’an dernier, sans profiter de la réputation d’un millésime 2017 très favorable aux vins blancs secs.

De même pour les vins blancs liquoreux dont les difficultés actuelles d’écoulement à l’échelle mondiale font que leurs prix sont pratiquement inchangés millésime après millésime depuis 2011.

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Bordeaux 2017 : rouges, prix en baisse, au même niveau qu’en 2015

Nous ne parlons pas des crus à moins de 15,00 € la bouteille, pour lesquels les prix varient peu d’une année à
l’autre, de quelques dizaines de centimes à tout au plus un ou deux euros. Nous sommes ravis qu’ils aient une
juste rétribution de leurs efforts et défendent cette pépinière qualitative de crus abordables qu’est le département de la Gironde. Sans oublier que le prix de revient d’un vin fait dans les conditions d’un grand cru coûte en moyenne entre 12,00 et 15,00 € par bouteille, ceci quand le millésime est normalement abondant.

Pour ceux au‐dessus de 15,00 € la bouteille, dont le prix de vente est supérieur au coût de production, le prix
des rouges 2017 est en baisse par rapport à 2016, jusqu’à ‐20% chez certains (Malartic‐Lagravière, Domaine
de Chevalier, Sociando‐Mallet, Lynch‐Bages, Rouget, Clinet, Valandraud et Virginie de‐).

Avec cette baisse, la plupart affichent un prix voisin de celui auquel ils avaient proposé leur 2015, parfois au‐dessus,
parfois en dessous : ‐10% à Branaire‐Ducru et Lynch‐Bages, ‐6% au Domaine de Chevalier, ‐5% à
Gloria, ‐4% à Malartic‐Lagravière et Saint‐Pierre, ‐3% à Sociando‐Mallet, Prieuré‐Lichine, Talbot...

Le prix des 2015 s'est envolé depuis leur mise en bouteille en fin d'année dernière et retrouver aujourd'hui celui auquel ils étaient proposés il y a deux ans nous semble être un moindre mal, surtout dans une année de faible récolte. Nous ne sommes à ce jour qu’à mi‐campagne et nul ne sait à quel niveau de prix apparaîtront les plus grands crus à venir. Feront‐ils preuve de modération ? Nous y reviendrons d'ici un mois quand tous les prix seront connus.

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Copel 2017 : 5+1 superbes cuvées

Deuxième millésime pour Xavier Copel, qui a adapté sa gamme aux vicissitudes de 2017 : pas de cuvées en
Sauternes, Pomerol et Rioja pour cause de gelées, apparition d’un Bordeaux blanc sec d'élite, 100% sémillon
sur un terroir argilo‐calcaire proche de Langon, un vin magnifique de fraîcheur et de longueur.

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Domaine Chartron 2017 : une (enfin) pleine récolte

Après trois millésimes 2014, 2015 et 2016 entravés par le gel et la grêle, le Domaine Chartron retrouve le
sourire en 2017 avec une production redevenue normale. Et hautement qualitative puisque 2017 s’annonce
comme un des plus grands millésimes de ces 20 dernières années pour le chardonnay. Pas de Corton‐
Charlemagne cette année mais la sélection de cinq nouvelles cuvées : Bâtard‐Montrachet grand cru,
Meursault 'Les Pierres', Savigny‐les‐Beaune 'Les Pimentiers', Saint‐Aubin 'Perrières', Rully 'Montmorin'.


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Tardieu‐Laurent 2017 : en blanc comme en rouge, beau millésime conjuguant fraîcheur et maturité

La fraîcheur du printemps perturbant la floraison (coulure) des syrahs, grenaches, mourvèdre et la sécheresse de
l'été expliquent la faiblesse des rendements (et la qualité du millésime) au nord comme au sud de la Vallée du
Rhône.
L'été sans canicule a donné des vins frais, équilibrés, avec un profil aromatique plus nordiste et des degrés
alcooliques moins élevés que de coutume. Si les quantités sont en baisse, la qualité est bien là en 2017, dans les
deux couleurs et sur toutes les appellations, du nord jusqu'à Bandol. Une nouveauté en Côte‐Rôtie à partir de
cette année avec une cuvée Vieilles Vignes (âgées de 60 ans et plus), vinifiée en grappes entières.