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Lettre du 12 juillet 2011

PRIMEURS 2010 BORDEAUX

Le prix des très grands crus

Les mouvements de prix, à la hausse dans presque tous les cas, ont bouleversé (ou creusé les écarts de) la hiérarchie bordelaise. Il est trop réducteur, donc faux, de dire que les très grands Bordeaux rouges ont augmenté de 25% en 2010. Le classement des crus par catégories montre une réalité très contrastée :

+12% pour les premiers crus classés (+ de 500 € par bouteille).
Cheval-Blanc est le plus inflationniste, Haut-Brion le plus sage.

+50% pour les seconds vins des premiers crus classés.
Petit Mouton est le plus inflationniste, Clarence de Haut-Brion le plus sage.

-2% (!) pour les super-seconds crus classés (entre 160 et 320 € par bouteille).
Pichon-Comtesse de Lalande est le plus inflationniste, Ducru-Beaucaillou le plus sage.

+28% pour les deuxièmes crus classés (entre 80€ et 160€ par bouteille).
Duhart-Milon-Rothschild est le plus inflationniste, Pape-Clément le plus sage.

+15% pour les troisièmes crus classés (entre 40€ et 80 € par bouteille).
Clerc-Milon est le plus inflationniste, Malartic-Lagravière le plus sage.

Dans ce concert de hausses plus ou moins vives, deux crus méritent d'être salués :

- Yquem, qui détient cette année le record de la plus forte baisse : -22,5%.

- Pape-Clément, avec à peine 2% d'augmentation par rapport à l'an dernier et seulement 3,5% depuis 2005, soit nettement moins que la hausse du coût de la vie sur cinq ans.

Podium

Après dégustation et sans considérer les prix, les meilleurs vins rouges du millésime 2010 sont :
  • pour nous : Lafite, Haut-Brion, Mission-Haut-Brion, Cheval-Blanc, Vieux-Certan, L'Église-Clinet.
  • pour Bettane : Cos d'Estournel, Ducru-Beaucaillou, Latour, Mission-Haut-Brion, Cheval-Blanc, Lafleur.
  • pour Dupont (Le Point) : Lafite, Latour, Margaux, Mission-Haut-Brion, Cheval-Blanc.
  • pour la Revue du Vin de France : Lafite, Margaux, Cheval-Blanc.
  • pour Parker : Lafite, Latour, Haut-Brion, Mission-Haut-Brion, Ausone, Pétrus.

Il est possible de tirer plusieurs enseignements de ce mini sondage :

- le millésime 2010 est bien homogène puisque chaque appellation, chaque terroir et chaque encépagement sont représentés.

- Lafite, Mission-Haut-Brion et Cheval-Blanc sont cités 4 fois sur 5, Mouton est absent.

- bravo aux Domaines Dillon, qui en 2010 ont simultanément le premier cru (Haut-Brion) et le second vin (Clarence) les plus sages en prix, ainsi que le meilleur rapport 'classement/prix' (La Mission).



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Lettre du 24 juin 2011

PRIMEURS 2010 BORDEAUX

De par ses oppositions de style (du plus charmeur au plus strict) et ses différences de prix (certains crus baissent pendant que d'autres augmentent), ce millésime 2010 appelle de nombreux commentaires, enthousiastes ou critiques, que nous vous livrons ci-après pêle-mêle.

La composante prix étant déterminante cette année, et parce qu'il faut appeler un chat 'un chat', nous avons indiqué à chaque appellation les plus fortes hausses ou baisses de prix (par rapport à 2009) pour les crus connus à ce jour.

Vins blancs secs

Plus fortes hausses : Smith-Haut-Lafitte (+13%), Arums de Lagrange (+10%).
Plus fortes baisses : Valandraud blanc (-14%), Malartic-Lagravière (-3%).

Domaine public : un authentique grand cru classé de Pessac-Léognan, tenu par les chercheurs de l'Institut National de Recherche Agronomique, Couhins, pour 16,66 € HT la bouteille (moins cher qu'un simple Meursault village).

En primeur : le vin blanc de Mouton-Rothschild, Aile d'Argent, est pour la première fois mis en vente en primeur. En délaissant la muscadelle au profit d'un encépagement classique 60% sauvignon et 40% sémillon, voilà un Aile d'Argent moins expansif mais plus élégant qu'auparavant. À 50.00 € HT la bouteille, c'est de très loin le moins cher des vins blancs secs de premier cru classé.

Sauternes / Barsac

Plus fortes hausses : Raymond-Lafon (+10%), Doisy-Daëne (+6%), Lafaurie-Peyraguey (+4%).
Plus fortes baisses : Rieussec (-13%), Carmes de Rieussec (-12%), Suduiraut (-11%).

Coupées en 4 : réservé jusque-là aux seuls Climens et Yquem, nous avons cette année ouvert à Rieussec et Suduiraut la possibilité d'une réservation en petites caisses de 3 bouteilles ou 6 demi-bouteilles. Comme pour tous les autres crus, caissages et flaconnages, il s'agit de caisses d'origine du château.

Rieussec en Barsac : non, Rieussec est bien à Sauternes. Mais les conditions particulières du millésime 2010 ont donné, même dans le Haut-Sauternais, des vins dotés d'une acidité remarquable, brillants, frais et distingués, plus Barsac que Sauternes. Il en va ainsi pour Rieussec, habituellement ultra liquoreux, qui est en 2010 d'une élégance inusitée et dont la pureté cristalline des arômes fait merveille. Ce qui ne gâte rien, il pourra être apprécié dès sa première jeunesse. Noté 18-19/20 par M. Bettane.

Pessac-Léognan rouges

Plus fortes hausses : Smith-Haut-Lafitte (+23%), Haut-Bailly (+16%).
Seule baisse : Malartic-Lagravière (-2%).

Épargnés (jusqu'à quand ?) : la demande asiatique bouscule le marché des grands Bordeaux depuis deux ans en se focalisant sur les vins du classement de 1855. Pessac-Léognan n'y apparaissant pas (hormis Haut-Brion), c'est sûrement l'appellation de la rive gauche où l'on trouve aujourd'hui les plus beaux crus classés encore proposés à prix doux : Latour-Martillac à 21,50 € HT la bouteille ou Carbonnieux à 22,00 € HT la bouteille.

Beau geste : alors que rien ne l'y obligeait (réputation croissante, qualité des vins saluée par les critiques, le blanc a été noté 93-95/100 par Parker, le rouge 92-94/100), Malartic-Lagravière a décidé à contre-courant de baisser cette année le prix de ses vins blanc et rouge d'un Euro. Un grand merci à M. Bonnie !

Stabilité : dans ce concert de hausses (quasi) généralisées, un cru étonne : Pape-Clément, avec à peine 2% d'augmentation par rapport à 2009 et seulement 3,5% depuis 2005. Moins que l'inflation !

Médoc / Moulis

Plus fortes hausses : La Tour Carnet (+12%), Poujeaux (+11%), Chasse-Spleen (+10%).
Seule baisse : Sociando-Mallet (-23%).

Classiquement médocain : le millésime 2010 a permis au cabernet-sauvignon d'être à son aise et d'exprimer pleinement ses qualités de chair et de tanin, en donnant des vins longs, vifs et structurés. Ce classicisme s'exprime évidemment dans les grands crus mais aussi chez les meilleurs crus bourgeois, élaborés par des vignerons passionnés (Lousteauneuf, d'Escurac, Maucamps, Clos du Jaugueyron, Belle-Vue, Rollan de By, Charmail...) ou adossés à un grand cru classé (Bernadotte avec Pichon-Comtesse de Lalande, Potensac avec Léoville-Las Cases...). À moins de 5% près, tous ont reconduit les prix de l'an dernier.

Patience et longueur de temps : il faudra s'armer d'une grande patience pour apprécier les Médoc à leur apogée. Compter 10 à 15 ans pour les crus bourgeois, 20 à 30 ans pour les plus grands crus classés. Sinon, les 2009 (dont la dernière Offre en primeur sera clôturée le 31 juillet prochain), aux tanins plus soyeux et plus rapidement accessibles, vous tendent les bras.

Beau geste : absent des marchés lointains et à l'écoute de sa clientèle européenne, Sociando-Mallet a baissé son prix de 23% pour retrouver le même prix qu'en 2006. Un grand merci à M. Gautreau ! Et, si l'on voulait faire le classement des grands crus classés du Médoc en fonction de leur note Parker et de leur prix, nul doute que La Tour Carnet arrive en tête, avec un très beau 92-94/100 pour seulement 24,83 € HT la bouteille.

Margaux

Plus fortes hausses : Boyd-Cantenac (+28%), Prieuré-Lichine (+24%), d'Issan et Brane-Cantenac (+22%).
Prix inchangé : Monbrison (0%).

Tir groupé : faut-il y voir la belle progression qualitative de l'appellation depuis 10 ans ou une parfaite adéquation entre le style puissant du millésime 2010 et l'élégance procurée par son terroir de graves fines ? Toujours est-il que Margaux est en 2010, dégustations après dégustations, notre appellation favorite sur la rive gauche.

Presque Margaux : avec les crus bourgeois de Margaux, il ne faudrait pas oublier ceux de la partie sud du Haut-Médoc, qui les jouxtent sur des sols identiques de graves très fines et de sables et, n'ayant pas droit à l'appellation Margaux, sont naturellement moins chers. Dans notre sélection, ceux-ci ont pour nom : Maucamps, Belle-Vue, Clos du Jaugueyron et Clément-Pichon.

Retour en grâce : La Gurgue, cru bourgeois rattaché au cru classé Ferrière, réapparaît cette année dans nos sélections avec un 2010 aérien, harmonieux, précis, et un prix d'ami (13,00 € HT la bouteille). Comme l'a écrit J. Dupont dans les colonnes du Point : "Un très joli vin, noté 16,5/20". Ferrière n'est d'ailleurs pas en reste, avec le vin le plus complet et complexe de son histoire moderne.

Trop fort : Rauzan-Gassies, dont nous saluons année après année les progrès, a décidé d'augmenter son prix en 2010 de 38% (!). Nous ne l'avons pas retenu.

Saint-Julien

Plus fortes hausses : Beychevelle (+24%), Gruaud-Larose (+20%), Léoville-Poyferré (+18%).
Stables : Lalande-Borie, Connétable de Talbot, Les Fiefs de Lagrange.

Stylé : l'arrivée de M. Derenoncourt il y a deux ans a donné des résultats immédiats à Talbot (comme à Prieuré-Lichine, Poujeaux, Chevalier, etc.). Le vin garde le velouté et la profondeur qui sont sa marque, et a gagné en précision et en définition aromatique. Un grand Talbot, "moderne et intemporel à la fois" comme l'a justement souligné M. Bettane.

Sagesse : Léoville-Barton est depuis 20 ans le second cru classé le plus sage et le plus pondéré dans ses prix, doù une grande part de son succès auprès des amateurs du Monde entier. En 2010, il ne déroge pas à sa ligne de conduite avec une augmentation de 11%, somme toute très raisonnable.

Pauillac

Plus fortes hausses : Pichon-Baron (+49%), Lynch-Bages (+37%), Pontet-Canet (+26%).
Moindres hausses : Pichon-Comtesse de Lalande et Réserve de la Comtesse (+10%).

Nouveau : pour la première fois dans nos offres, Pédesclaux, 5ème cru classé de Pauillac. Il s'agit d'une véritable résurrection car ce cru avait totalement disparu des écrans radar bordelais, jusqu'à son rachat en 2009. Fort de 40 ha situé au nord de Pauillac (dans le secteur de Lafite, Mouton, Pontet-Canet, Clerc-Milon), nous parions que ce cru, actuellement conseillé par M. Cruse, propriétaire d'Issan, ira loin. Son prix, 23,66 € HT la bouteille, en fait une des meilleures affaires du millésime.

Saint-Estèphe

Plus forte hausse : Montrose (+21%).
Plus fortes baisses : Haut-Marbuzet (-4%), Ormes de Pez (-1%).

Retour en grâce : Petit-Bocq, petit cru bourgeois de 18 ha du plateau de Marbuzet, réintègre cette année nos sélections. Avec un encépagement moitié merlot (et moitié cabernet-sauvignon), son 2010 est riche, onctueux, voluptueux, évoquant plus 2009 que 2010, qualifié de "superbe réussite" par M. Bettane.

Beau geste : Comme Malartic-Lagravière, Haut-Marbuzet a baissé son prix d'un Euro. Comme l'a écrit la Revue du Vin de France, ce pourrait être "le plus grand jamais produit". Mais après des vins aussi exceptionnels qu'en 2003, 2005 et 2009, le pronostic est difficile.

Rive droite / Vins de Côtes

Plus forte hausse : Clos Puy-Arnaud (+9%).
Plus forte baisse : Reynon (-4%).

Grands noms : cette rubrique 'Rive droite' ne comporte aucun grand cru classé même si les meilleurs terroirs de Fronsac, Lalande de Pomerol ou Côtes de Castillon mériteraient aisément d'en avoir. De plus, tous les vins que nous vous proposons sont élaborés par de grands vinificateurs, par ailleurs eux-mêmes responsables de grands crus classés :
  • De Francs, La Fleur de Boüard : M. de Boüard (Angélus)
  • Puyguéraud, La Prade : M. Thienpont (Pavie-Macquin, Larcis-Ducasse, Beauséjour-Duffau…)
  • La Chenade, Les Cruzelles, Montlandrie : M. Durantou (L'Église-Clinet)
  • D'Aiguilhe, Domaine de l'A : M. Derenoncourt (Canon-La Gaffelière et + de 50 autres…)
  • Haut-Carles : M. Thunevin (Valandraud)

Petit dernier : jusque-là, M. Durantou n'avait qu'une propriété (L'Église-Clinet) et, par fermage ou entente, produisait quatre autres vins en Lalande de Pomerol et Saint-Émilion (La Chenade, Les Cruzelles, Saint-Ayme et Amélisse). En 2008, il a acheté 4,5 ha en Côtes de Castillon, baptisés Montlandrie, et décidé d'y consacrer tous ses efforts et son savoir-faire. Son premier millésime 2009 avait été unanimement salué par les critiques et, en toute logique, son 2010 franchit un nouveau palier avec un vin frais, au fruité croquant et juteux, énergique. "Un des meilleurs vins des Côtes de Castillon" pour M. Bettane. Décidément, la concurrence est rude à Castillon !

Pomerol

Plus fortes hausses : Petit-Village (+28%), Rouget (+20%), La Petite Église (+16%).
Stables ou presque : Fugue de Nénin (0%), Bellegrave (0%), Feytit-Clinet (+2%).

Gant de velours : Le gras et le charnu usuels de Pomerol vont comme un gant au sérieux du millésime 2010 car, après une attaque plus ou moins suave selon les crus, la pulpe des vins enrobe de la meilleure des façons les charpentes tanniques. Plus énergiques et racés, ce sont des Pomerols moins hédonistes que ceux de l'an dernier. Cette appellation a notre préférence cette année en Rive droite.

Rattrapage : si vous n'aviez pas réussi à réserver à temps le millésime 2009 de Feytit-Clinet (trop rapidement épuisé l'an dernier), n'hésitez pas un instant pour son 2010, pratiquement au même prix. Un vrai grand Pomerol de belle garde, jouant entre puissance et distinction, avec une belle finale sur la violette. Noté 92-94/100 par Parker, et pour nous le meilleur rapport qualité/prix de l'appellation.

Saint-Émilion

Plus fortes hausses : Pavie-Macquin (+51%), Larcis-Ducasse (+37%).
Plus fortes baisses : Valandraud (-8%), Côte de Baleau (-6%), Fombrauge (-4%).

Il a tout d'un grand : Mme Fourcade possède deux grands crus classés de Saint-Émilion, Clos Saint-Martin (que nous retenons chaque année) et Les Grandes Murailles, et un simple grand cru, Côte de Baleau. Pourtant idéalement placé en bordure du bourg de Saint-Émilion, à côté des Grandes Murailles et de Larmande, le vignoble de Côte de Baleau, dont les origines remontent à 1643, aurait légitimement pu prétendre à être lui aussi classé. Toujours régulier, il conclut en beauté une très belle décennie avec un 2010 riche mais en même temps doux et presque tendre. Pour seulement 13,50 € HT la bouteille (!). Avis de la Revue du Vin de France : "Vin limpide, équilibré et charnu qui bénéficie d'une prise de bois douce. La qualité d'un cru classé pour le prix d'un non classé…".

Pas sec : sans jeu de mot, L'Arrosée a brillé dans ce millésime 2010 si peu humide. Son vin a été à juste titre encensé par les dégustateurs : coup de coeur et 17/20 pour Le Point, 17-18/20 pour Bettane, 91-94/100 pour Parker. Le prix ? Inchangé (29,66 € HT la bouteille). Un des choix les plus judicieux du millésime 2010.

One more time : comme l'an dernier, le plateau de graves de Figeac a régulé l'apport hydrique durant l'été 2010. Les trois crus leaders de ce secteur, La Dominique, Figeac et Cheval-Blanc, ont, à l'image de leurs voisins de Pomerol, donné des vins magistraux. Pour l'instant, seul La Dominique est connu (36,00 € HT la bouteille).

Moralité

Quoiqu'on en dise, Bordeaux est et reste un formidable vivier de crus offrant des rapports qualité/prix parmi les meilleurs du Monde.

Pour autant, de nombreux châteaux (Rauzan-Gassies déjà évoqué, Phélan-Ségur, Cos Labory, Fieuzal blanc…) ont cru cette année pouvoir augmenter leur prix plus que de raison mais nous considérons que notre rôle est de ne pas vous les proposer, pour au contraire mettre en avant ceux qui respectent leur clientèle en toutes circonstances.



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Lettre du 6 juin 2011

PRIMEURS 2010 BORDEAUX

Les critiques ont rendu leur avis sur les Bordeaux 2010 (les notes de Parker, Revue du Vin de France, Le Point et Bettane & Desseauve sont accessibles, cru par cru, sur notre site), plaçant ce millésime au niveau des plus grands. Parker a ainsi écrit : « J'ai goûté suffisamment de 2005, 2009 et 2010 pour réaliser que ce sont peut-être les trois plus grands millésimes que j'aie goûtés dans ma carrière. ».

Il n'est jamais évident de mettre en vente consécutivement deux millésimes exceptionnels. Après les envolées de 2009, il aurait été politiquement et commercialement correct que 2010 ne soit qu'un 'bon millésime', avec des rendements confortables autorisant une baisse des prix bienvenue. Mais la Nature en a voulu autrement et une analyse objective des 2010 montre les caractéristiques d'un second immense millésime à Bordeaux.

2010 – Le cycle végétatif

Après un hiver plutôt rigoureux (comme en 2009), le départ en végétation de la vigne ne pouvait être précoce. La floraison intervint aux dates normales, c'est-à-dire début juin, alors que le temps était pluvieux et froid. Les merlots furent affectés par la coulure et le millerandage, induisant une perte de récolte de près de 50%. C'est la seule ombre au tableau du millésime 2010.

À partir du 20 juin, les températures s'élevaient pendant qu'une sécheresse insolite s'installait peu à peu sur le Bordelais. Du 20 juin au 20 septembre, il tomba sur Bordeaux à peine le quart (47mm) de la pluviométrie moyenne (179mm).

Comme l'indique le Pr Denis Dubourdieu : « En climat océanique à hiver humide comme celui de Bordeaux, tous les étés secs donnent de très grands millésimes ; cette règle ne connaît pas d'exception. ». Avec 47mm de pluie, 2010 a connu l'été le plus sec de la décennie, devant 2005 (75mm), 2009 (101mm) et 2003 (131mm).

Quand le climat estival est aussi sec, il est souhaitable qu'aucune période de canicule longue et ardente ne survienne, au risque de provoquer des blocages de maturité voire littéralement de 'griller' les raisins (cf. 2003). En 2010, la chance était avec les viticulteurs : août fut généreusement ensoleillé, mais avec seulement 6 journées chaudes (plus de 30°C) et 21 nuits fraîches (moins de 15°C).

De ce fait, la vigne résista étonnamment bien à la sécheresse et l'état phytosanitaire fut à tout moment parfait. Enfin, les vendanges, entamées le 20 septembre, se déroulèrent par temps sec, parachevant de la meilleure manière le millésime 2010.

2010 – Les vins blancs secs (très grand millésime, de garde)

Les températures d'août, clémentes le jour et fraîches la nuit, ont préservé l'acidité et les précurseurs aromatiques des raisins blancs, alors que la sécheresse concentrait les jus.

Au final, les vins blancs secs ont une puissance aromatique comparable à celle des millésimes de grand soleil (2009 ou 2005) mais avec des taux d'acidité au niveau de ceux des millésimes de fraîcheur (2007 ou 2008). Cette bivalence fait toute l'originalité du millésime 2010.

Il faudra attendre que l'acidité et le boisé se fondent mais, parvenus à leur apogée, les blancs secs 2010 feront date. La réussite étant générale, nous n'avons pas de préférence entre ceux du Médoc et ceux des Graves.

Les prix sont inchangés par rapport à ceux de l'an dernier.

2010 – Les vins blancs liquoreux (grand millésime, en finesse)

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les sauvignons et sémillons du Sauternais étaient sans trace de pourriture à fin septembre. Heureusement, deux séries de pluies, les 3-4 puis 9-10 octobre, changèrent la donne et le botrytis put se développer lentement jusqu'à l'abaissement des températures fin octobre.

La botrytisation étant tardive et lente, les concentrations en sucres furent très satisfaisantes (20 à 22° potentiels) sans être extrêmes comme en 2007 ou 2009. Dotés d'une acidité remarquable, les grands blancs liquoreux 2010 sont d'une pureté cristalline, très parfumés (aux arômes de fleurs, fruits frais ou à peine rôtis et non confits) et magnifiquement frais, savoureux, délicats et élégants.

Exactement comme si tout Sauternes avait décidé de produire cette année-là du Barsac. Lors de la présentation du millésime 2010, Yquem avait choisi de servir en contrepoint le millésime 1988, célèbre pour sa grande finesse. À la dégustation, l'analogie entre les deux vins était évidente.

Comme l'a noté M. Bettane, grand maître ès Sauternes : « Une fois de plus, 2010 est un grand millésime à Sauternes et Barsac. ». Celui-ci clôture une prodigieuse décennie qui aura connu six années hors normes : 2001, 2003, 2005, 2007, 2009 et 2010, record absolu !

Les prix sont inchangés ou en baisse jusque 10% (Rieussec et Suduiraut).

2010 – Les vins rouges (millésime exceptionnel, classique et de très grande garde)

À Bordeaux, pendant l'été, quand il fait beau et sec, il fait chaud. En 2010, l'été fut beau et sec, mais frais, avec pour conséquence :
  • d'assurer la maturité des raisins rouges grâce au beau temps,

  • de concentrer la richesse en sucre et les tanins grâce à la sécheresse,

  • de préserver le fruit et l'acidité grâce à la fraîcheur.

Du fait de ce climat inhabituel, les viticulteurs ont donc eu à faire à des raisins de petite taille, possédant des indices record : les teneurs en anthocyanes (responsables de la couleur) et en tanins, la richesse en sucre et l'acidité étaient toutes plus élevées qu'en 2009 ou 2005.

2010 est pour les rouges un millésime qui ne ressemble à aucun autre. Les vins ont une haute densité de fruit comme il sied dans un millésime d'exception, mais avec des degrés alcooliques élevés (entre 13°5 et 14° en rive gauche, couramment plus de 14° en rive droite) et campés sur des structures tanniques renforcées par une acidité importante. Le tout donne des vins ultra classiques, sérieux, rigoureux, massifs et de très, très longue garde.

À l'opposé du millésime 2009 dont les vins ont un charme inné du fait de tanins veloutés et d'acidités basses, 2010 demandera à être obligatoirement patient. Compter 10 ans pour les crus bourgeois et 20 ans au minimum pour les plus grands crus classés.

2010 – Les meilleurs vins rouges

La météo ayant été homogène sur toute la Gironde, toutes les appellations ont potentiellement réussi. La rive gauche s'est parfaitement retrouvée dans le classicisme du millésime, avec un cabernet-sauvignon comme toujours moins généreux en alcool que le merlot. En rive droite, seuls les grands terroirs (coeur de Pomerol, plateau de Figeac, coteaux de Saint-Émilion) ont su éviter le piège de la lourdeur pour produire des vins à la fois monumentaux et frais.

En étudiant la moyenne des notes de nos dégustations, deux appellations sont toutefois ressorties en tête, celles dont les qualités intrinsèques contrebalançaient les rigueurs de l'année :
  • Terre de graves fines, Margaux a brillé en 2010, avec des vins de grands styles, racés et dont les charpentes tanniques restent toujours élégantes. Très beaux équilibres entre finesse et puissance contenue, certainement un millésime historique pour cette appellation en pleine progression.

  • La générosité et la rondeur naturelle des vins de Pomerol (et ceux du plateau de Figeac voisin) ont parfaitement dompté et enrobé les tanins du millésime. Les vins y sont moins hédonistes mais plus intenses, plus tendus, plus frais et plus structurés qu'à l'accoutumée. Le match 2009 contre 2010 sera passionnant à suivre dans les prochaines décennies.

Indépendamment du terroir, le doigté des œnologues fut tout aussi déterminant en 2010. Le maître mot des vinifications était la douceur. Un pigeage à peine énergique, une cuvaison légèrement trop longue ou 1% de vins de presse en plus risquaient de rendre les vins définitivement trop extraits, durs et austères.

Ainsi, les crus privilégiant en temps normal le velouté et le soyeux de leurs vins ont été les mieux à même pour produire non pas des 'bêtes à concours' mais des vins raffinés, digestes et qui évolueront bien et (presque) rapidement. Quelques exemples parmi ceux que nous avons appréciés :
  • Graves : Clos Floridène, Larrivet Haut-Brion, Malartic-Lagravière, Smith-Haut-Lafitte,

  • Médoc : Lousteauneuf, Clément-Pichon, Clos du Jaugueyron, Belle-Vue, Rollan de By, Charmail, Bernadotte, Goulée, Poujeaux, La Tour Carnet,

  • Margaux : La Gurgue, Monbrison, du Tertre, Rauzan-Gassies, Prieuré-Lichine, Boyd-Cantenac, Malescot-Saint-Exupéry, d'Issan, Brane-Cantenac, Palmer,

  • St-Julien : Gloria, Talbot, Lagrange, Branaire, Beychevelle, Saint-Pierre, Léoville-Poyferré, Ducru-Beaucaillou,

  • Pauillac : Haut-Batailley, Grand-Puy-Lacoste, Lynch-Bages, Pichon-Comtesse de Lalande,

  • St-Estèphe : Petit-Bocq, Ormes de Pez, Haut-Marbuzet,

  • Rive droite : de Francs 'Les Cerisiers", Reynon, La Chenade, Montlandrie, Les Cruzelles, d'Aiguilhe, Domaine de l'A, Haut-Carles, La Fleur de Boüard,

  • Pomerol : Fayat, La Petite Église, Rouget, Petit-Village, Feytit-Clinet, Clinet, La Conseillante, Le Pin,

  • St-Émilion : Côte de Baleau, Berliquet, L'Arrosée, La Dominique, Troplong-Mondot, Angélus.

Enfin, toutes appellations confondues, sans considération de prix et en étant prêt à patienter une bonne trentaine d'années, voici notre podium pour 2010 :

Lafite-Rothschild, le duo Haut-Brion/Mission Haut-Brion, Cheval-Blanc.

2010 – Le prix des vins rouges

Bien que peu de prix soient pour l'instant connus, la tendance semble affirmée et les écarts vont un peu plus se creuser cette année entre les stars et leurs suivants :
  • Même si les volumes produits sont globalement en baisse de 20% par rapport à l'an dernier, tous les crus maintiennent les prix de l'an dernier, voire affichent une baisse qu'il faut comprendre comme un geste commercial : -5% à Haut-Marbuzet, -16% à Sociando-Mallet.

  • Sauf les 40 crus 'internationaux' qui, eux, poursuivent leur ascension : +17% à d'Armailhac, +23% à Beychevelle. C'est peut-être un vœu pieux, mais nous pensons que, paradoxalement, les 1ers grands crus resteront relativement sages cette année. Leurs seconds vins ont par contre toutes les chances de s'envoler.



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