Infos millésime 2025

Lettre du 30 avril 2026. Millésime 2025 à Bordeaux.

Alors que les dégustations des Bordeaux 2025 touchent à leur fin et que la campagne "Primeurs 2025" débute, il est temps pour nous de vous décrire ce millésime qui réjouit autant les vignerons bordelais que les journalistes-critiques que nous avons pu croiser.

En résumé, trois faits caractérisent les Bordeaux 2025, ce sur les trois couleurs (blanc sec, blanc liquoreux et rouge) :

  • une précocité historique,
  • une magnifique qualité,
  • une (très) faible quantité.

Plus un quatrième fait dont les prochaines semaines nous diront s'il se réalise :

  • des prix attractifs, compte tenu des incertitudes géopolitiques et économiques actuelles.

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Bordeaux 2025 : la météo

Autant le millésime 2024 avait mis à rude épreuve les nerfs des viticulteurs bordelais avec une succession d'écueils climatiques, autant 2025 fut un millésime au déroulement sans heurt et somme toute assez tranquille :

- l'hiver 2024-2025 fut globalement tempéré, avec un débourrement (éclosion des bourgeons) sans hâte début avril,

- le printemps fut doux, éloignant le spectre des gelées printanières dévastatrices, et sec, limitant le développement des maladies cryptogamiques et le risque d'un mildiou invasif,

- la floraison fut précoce et rapide fin mai, sous une météo des plus favorables (aucune pluie significative du 20 mai au 11 juin), sans coulure ni millerandage, prédisposant à une maturation homogène,

- l'été s'installa franchement dès la mi-juin assurant une maturation régulière et une véraison (changement de couleur des raisins) au moment idéal fin juillet,

- l'été fut régulièrement chaud et ensoleillé, avec une seule période vraiment caniculaire mi-août (du 7 au 16, avec un record à 41,6°C le 11 août),

- l'été fut continuellement sec du 14 juin au 27 août, avec 44 mm de pluie sur la période alors que la moyenne trentenaire est de 133 mm, soit un déficit hydrique des deux tiers,

- les vendanges furent sur les trois couleurs précoces, sous d'excellentes conditions météo et sans contraintes sanitaires (pourriture).

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Bordeaux 2025 : les quantités

À la fin du printemps, les vignerons savaient que 2025 serait moyennement productif (moins de grappes, grappes plus fines). Par la suite, la sécheresse qui prévalut durant 2 mois et demi, de mi-juin à fin août, a certes garanti un parfait état sanitaire de la vendange, mais a également concentré les jus et limité le développement des baies. Fin août, le poids des baies rouges en comparaison avec la moyenne 2020-2024 affichait un déficit de -24% pour les merlots et -14% pour les cabernets sauvignons.

Fort heureusement, deux épisodes de pluies, localement abondantes, les 29 août et 1er septembre sont venus regonfler les raisins, détendre le stress hydrique des cépages rouges et relancer la maturation des baies. En ce sens, ces pluies étaient non pas dommageables mais véritablement "salvatrices" pour le millésime.

Au final, le millésime 2025 aura été malgré tout peu productif et, pour les blancs secs et les rouges, on peut même parler d'une demi-récolte avec des rendements de l'ordre de 20 hl/ha (au lieu de 40-50 hl/ha). En témoigne l'appellation Saint-Julien avec un rendement moyen sur l'ensemble de la commune de seulement 23 hl/ha, les propriétés les plus chanceuses dépassant rarement 30 hl/ha.

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Bordeaux 2025 : grand millésime pour les blancs secs, frais et charnus

Les cépages blancs, sauvignons et sémillons, ont été ramassés précocement, dès le 11 août et jusqu'aux premiers jours de septembre, sous une météo parfaitement estivale. La bonne surprise a été de constater que les raisins blancs avaient étonnamment bien résisté à la chaleur et à l'ensoleillement du mois d'août. Ils étaient étonnamment aromatiques et avaient pu conserver de belles acidités, comparables à celles de 2024.

À la dégustation, les sauvignons brillent par une fraîcheur aromatique florale (acacia, jasmin, oranger), tandis que les sémillons, aux arômes de fruits blancs (pêche blanche, poire), apportent onctuosité et gourmandise.

Moins cristallins mais plus charnus que les 2024, les Bordeaux blancs secs 2025 sont une franche réussite, du nord au sud de la Gironde. Comme l'ont écrit les œnologues bordelais de l'ISVV (Institut des Sciences de la Vigne et du Vin) « les vins blancs secs du millésime 2025 nous surprennent par leur fraîcheur, leur éclat et leur caractère vibrant en bouche. Ils sont véritablement appétissants ».

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Bordeaux 2025 : grand millésime pour les blancs liquoreux, riches et mûrs

En 2025, la chronologie climatique a été optimale pour l'élaboration de grands blancs liquoreux : les raisins blancs étaient mûrs et parfaitement sains fin août quand sont arrivées les pluies qui ont initié le développement d'un botrytis rapide et étendu.

Les châteaux ont ainsi eu toute latitude pour organiser du 16 septembre au 18 octobre leurs tries (vendanges) selon la concentration recherchée. Si les liquoreux 2025 sont tous de grande pureté aromatique, les meilleurs ont su éviter le piège d'une trop grande opulence en conjuguant au mieux tension, richesse et texture raffinée.

La botrytisation ayant été généralisée (peu de déchets) et les raisins ayant été ramassés des raisins au stade 'rôti plein' et non au stade 'rôti confit' plus concentré, les tries ont été généreuses, assurant de bons rendements globaux (12 hl/ha à Suduiraut, 13 hl/ha à Rieussec, 18 hl/ha à Doisy-Daëne...). De plus, toutes les propriétés ont remarqué cette année des puretés aromatiques exceptionnelles, au point de réduire le sulfitage (adjonction de soufre) des tries, voire d'y renoncer totalement comme à Suduiraut.

2025 est sans conteste un grand millésime pour les Bordeaux liquoreux, donnant des vins puissants, expressifs dans un registre aromatique exprimant la pleine maturité des raisins (pêche jaune, mangue, ananas rôti, agrumes confits) et des richesses en liqueur équilibrées par l'acidité sous-jacente. Les 2025 sont, en style comme en qualité, dans la lignée des 2023, autre très grand millésime du Sauternais.

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Bordeaux 2025 : des raisins rouges façonnés par Dame Nature...

Comme annoncé ci-dessus, les 2 mois et demi (de mi-juin à fin août) de sécheresse continue et la chaleur prononcée du mois d'août (+3,1°C par rapport à la moyenne trentenaire) ont simultanément :

- accéléré la maturation des cépages rouges, avec pour conséquence des vendanges annoncées historiquement précoces,

- réduit la taille des baies, avec pour conséquence moins de volume et des jus plus concentrés. La concentration a concerné tous les constituants des raisins, à savoir les sucres (=le degré alcoolique potentiel), les polyphénols (=les tanins), les anthocyanes (=la matière colorante).

Dans le Médoc comme dans le Libournais, les vendanges débutèrent dès les tout premiers jours de septembre et, en enchaînant dans la foulée les cabernets à la suite des merlots, finirent le 21 septembre.

Les deux pluies 'salvatrices' de la fin août ont permis un grossissement significatif des baies, un affinement des peaux et une baisse des concentrations. Au moment des vendanges, les raisins récoltés affichaient des équilibres très proches de ceux du fameux millésime 2022 [chiffres de l'ISVV] :

• pour les merlots
   - poids de 100 raisins : 122 g en 2022, 118 g en 2025 --->>> similaire
   - sucres : 240 g/l en 2022, 226 g/l en 2025                --->>> moins d'alcool
   - acidité totale : 2,4 g/l en 2022, 2,4 g/l en 2025        --->>> identique
   - anthocyanes : 1,98 g/l en 2022, 2,23 g/l en 2025     --->>> plus de couleur

• pour les cabernets sauvignons
   - poids de 100 raisins : 95 g en 2022, 97 g en 2025    --->>> similaire
   - sucres : 232 g/l en 2022, 224 g/l en 2025                --->>> moins d'alcool
   - acidité totale : 3,0 g/l en 2022, 3,4 g/l en 2025        --->>> plus d'acidité
   - anthocyanes : 2,42 g/l en 2022, 2,57 g/l en 2025     --->>> plus de couleur

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Bordeaux 2025 : ... mais des vins façonnés par les hommes

Quand les vignerons ont initialement de superbes matières premières dans leurs cuviers, tout dépend en suite de l'art et la manière avec lesquels ils élaborent leur vin. Pour mémoire, le vin n'est pas le produit naturel de la vigne mais le résultat du travail des hommes à partir d'un produit naturel.

Dans la mesure où les raisins 2025 avaient tout (couleur, densité, maturité, tanins...) à profusion, la meilleure interprétation du millésime était de ne surtout pas chercher à extraire et concentrer davantage les jus. Faute de quoi, ces vins campent sur des assises tanniques particulièrement fermes, voire robustes, et ne deviendront appréciables qu'au terme d'un long affinement en bouteille, en espérant qu'ils n'aient pas entre-temps perdu toutes leurs qualités de fruit et de chair.

À l'opposé, les producteurs les plus avisés (qui sont aujourd'hui légion) ont très tôt compris que, pour tirer le meilleur parti des 2025, ils devraient les vinifier en douceur : fermentation à basse température, remontages ou pigeages parcimonieux, limitation ou suppression des vins de presse, etc.

Ceux-là ont produit des Bordeaux rouges remarquables, crémeux et veloutés, intenses et racés, riches tout en restant frais, avec des degrés alcooliques contenus (quelques exemples : 12,4° à Lafite-Rothschild, 12,8° à Cheval Blanc, 13° à Pichon-Comtesse de Lalande, 13,1° à Mouton-Rothschild, 13,2° à Cos d'Estournel, Talbot et Ormes de Pez, 13,3° à Pichon-Baron et Lynch-Bages, 13,4° à Nénin, 13,5° à La Conseillante, Potensac et Sansonnet, etc.).

Même si les données météo classent 2025 en 3ème position (derrière 2003 et 2022) parmi les années les plus chaudes en Gironde, les vins du millésime 2025 se distinguent par un taux d'alcool modéré et une acidité préservée, explicable par la fraîcheur des nuits du mois d'août (25 nuits à moins de 20°C).

Pour cette raison, les 2025 ne sont pas, à notre avis, tant comparables aux 2022 éminemment solaires mais plutôt à considérer comme des vins généreux empreints de classicisme. Pour résumer, les grands 2025 sont à rapprocher des 2015 pour leur richesse, et des 2016 pour leur fraîcheur aromatique.

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Bordeaux 2025 : quelques conseils pour orienter vos choix en vins rouges

• la météo 2025 ayant été homogène sur l'ensemble de la Gironde et la qualité des 2025 étant directement liée à la philosophie des propriétés et au savoir-faire des équipes, il n'y a pas de réussite distinguant particulièrement un cépage ou une région précise. En 2025, il faut avant tout faire confiance aux propriétés aux mains des vinificateurs les plus talentueux dans les millésimes récents.

• la sécheresse de l'été a compliqué la tâche des vignerons (blocage de maturité, effeuillement des vignes...) pour les jeunes vignes faiblement enracinées ou les parcelles sur les sols les plus drainants. Ce fut notamment le cas en Haut-Médoc aux portes de Bordeaux, dans le secteur Martillac pour les Pessac-Léognan, à Saint-Émilion sur les terroirs sablonneux proches de Libourne, sur le flanc sud de Pomerol.

• en reprenant nos notes de dégustation, nous avons noté cette année une belle réussite d'ensemble de l'appellation Margaux, même de la part de crus plus secondaires. C'est d'ailleurs souvent le cas dans les années chaudes (2022, 2018, 2015, 2009...) où l'élégance et la finesse margalaise se marient à merveille avec l'opulence du millésime, c'est-à-dire quand Margaux prend des accents californiens.

• du fait de leur concentration, les Bordeaux 2025 seront des vins de garde, au moins 10 ans pour les plus rapides, 25 ans et plus pour les plus grands crus. Cependant, on pourra commencer à goûter peu après la mise en bouteille les seconds vins et crus type 'bourgeois' aux structures tanniques voluptueuses et enrobées, tels les 2022 qui sont déjà appréciables et enthousiasmants aujourd'hui.

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Bordeaux 2025 : les prix

Pour les vins blancs, il est aisé de prévoir que les châteaux reconduiront à peu de chose près les mêmes prix que l'an dernier :

• les blancs secs, couleur en vogue, ont un marché en croissance mais aussi une production, donc une concurrence, qui s'élargit (2025 est la première année de la nouvelle AOP 'Médoc blanc').

• les blancs liquoreux ont pris l'habitude de rester à prix inchangé et ne devraient pas y déroger cette année, satisfaits d'une récolte de belle qualité et de belle quantité en 2025.

En revanche, plusieurs considérations amènent les producteurs de vins rouges à des hypothèses tarifaires contradictoires :

• les considérations inflationnistes
   - la haute qualité des vins (bientôt relayée par les critiques) plaçant 2025 au-dessus de 2024 voire 2023,
   - l'étroitesse de la récolte, pratiquement moitié d'un millésime normal.

• les considérations déflationnistes
   - un environnement national et international défavorable et aux perspectives pour le moins incertaines,
   - un marché des produits de luxe en contraction sur tous les continents (sauf en Afrique),
   - une demande pour les vins rouges globalement en baisse dans les pays occidentaux,
   - des stocks importants chez les principaux distributeurs (négociants, importateurs, grossistes...).

Dans ces conditions, il nous semble raisonnable d'envisager pour les "Primeurs 2025", en comparaison avec le prix des "Primeurs 2024" l'an dernier :

- une hausse de prix modérée (à un chiffre) pour les 20 (max.) étiquettes bordelaises statutaires qui font l'objet d'une demande internationale récurrente. Dans ce cas, le prix des "Primeurs 2025" restera inférieur au prix des "Primeurs 2023",

- une stabilité des prix (2025=2024) pour la grande majorité des crus classés. Dans ce cas, compte tenu de la réelle qualité des vins, les "Primeurs 2025" constitueront une excellente affaire.

Premier cru significatif à proposer son 2025, la mise en marché (29 avril) du Château Pontet-Canet avec une hausse de prix symbolique de 2,8% est de bon augure et constitue à notre avis un lancement de campagne exemplaire pour tous les crus classés à venir. À suivre..

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